Frankenstein: un livre VS son adaptation

Aujourd’hui, c’est « comparaison de livre et de films ». J’avais déjà sur ma liste de livres à lire Frankenstein, parce que c’est un classique, ensuite parce qu’il est écrit par une femme, ce qui est inhabituel pour l’époque. La sortie du film sur Netflix m’a poussée à le placer en premier sur la pile, car j’adore comparer les différentes adaptations d’une même œuvre. Quel plaisir d’avoir accès aux différents points de vue et interpretations qu’offre une lecture unique !

Frankenstein est une œuvre fantastique sortie en 1818 et que l’on considère comme appartenant au mouvement gothique de la fin du XVIIIᵉ et du début du XIXᵉ siècle.
Ce mythe est ultra connu, et je découvre qu’il a été adapté au moins une cinquantaine de fois au cinéma (source: https://www.senscritique.com/liste/frankenstein/187556). Le « Prométhée moderne » inspire donc depuis pas moins de deux siècles !

Je l’ai lu, et effectivement… j’ai beaucoup aimé ! Une lecture intemporelle, qui vieillit très bien. Frankenstein est un inventeur / scientifique visionnaire et passionné, qui décide de donner la vie à un corps qu’il a assemblé lui-même. Dans le livre, il n’est pas du tout question du processus ni d’explications detaillees : Mary Shelley n’a pas cherché à décrire la scène ou la construction du cadavre, et cela n’est pas gênant. On comprend seulement qu’il utilise l’électricité. Il faut savoir qu’à cette époque (dans les années 1790), le physicien italien Luigi Galvani testait l’effet de l’électricité sur les muscles des animaux, et l’on n’expliquait pas encore que le fait qu’ils « se réaniment » correspondait simplement à des mouvements automatiques induits par le cerveau. Cela fascine et s’invite donc dans le recit.

J’ai adoré l’ambiance du livre ; je constate qu’il va me falloir lire d’autres romans gothiques, car j’avais aussi beaucoup apprécié Dracula de Bram Stoker (1897)! Les scènes se passent souvent la nuit, ou dans le froid, et ici ce n’est pas la magie qui fait émerger le monstre: C’est la science ! Ça, c’est une nouveauté pour l’époque, et cela plante les premières graines de la science-fiction.

J’ai beaucoup aimé le traitement des émotions du monstre de Frankenstein, et la sensation qu’ici il n’y a pas de manichéisme. Au final, j’ai plus aimé le monstre que le créateur humain qui l’a amené au monde. C’est bien développé et on finit par apprécier les deux personnages pourtant ennemis.

Ce thème du monstre m’a fait penser à Elephant Man, car on s’émeut du fait que le personnage est tourmenté uniquement pour son aspect physique repoussant. Cela me fait aussi penser à Edward aux mains d’argent, où, encore une fois, la créature nous touche alors qu’elle navigue dans un monde cruel, froid, et qui semble sans empathie.

Je comprends pourquoi, au vu de l’œuvre mais aussi de l’époque, Frankenstein s’est imposé comme un classique incontournable de la littérature de l’imaginaire.

Je passe maintenant à son traitement au cinéma, dans le film sorti récemment…

Alors. Primo, je pense que c’est toujours intéressant de voir une œuvre adaptée de bien des manières, mais que, suivant l’œuvre, il faut être malin dans le choix de l’ordre donné à la découverte des adaptations. Ici, je crois que j’aurais préféré voir le film d’abord, car le livre me paraît plus fin psychologiquement, et donc ici tout m’a paru un peu « grossier ».

J’entends : on est sur un film américain, donc non, on ne se questionne pas sur le créateur et sa moralité ; on nous montre de manière évidente que « le vrai méchant, c’est le docteur et non le monstre », et même, on nous le dit clairement. Ici d’ailleurs, le monstre ne tue (quasi) jamais, il est tout bonnement innocent tout le long. Une partie, donc, du plaisir de l’analyse que l’on doit faire soi-même dans le livre disparaît…

J’aurais donc apprécié le sens inverse pour que je puisse davantage accepter cet aspect du film. J’ai, je dois dire, été dégoûtée par l’aspect gore du film aussi, mais ça, c’est très personnel.

Par contre, il y a dans le film une dimension très peu (ou pas ?) traitée par le livre : la figure du père. Oui, évidemment le père de Frankenstein, mais aussi et surtout le type de père que représente Frankenstein pour sa créature. Un père froid, un père autoritaire, distant, exigeant, a priori sans cœur. Un père qui n’hésite pas a détruire son  »fils » car il n’est pas a la hauteur de ses attentes. Tous les reproches que l’on fait aux pères des générations précédentes se retrouvent et on se dit que Benicio Del Toro avait peut être des comptes a régler… Ici d’ailleurs, il y a aussi une mère — Élisabeth — douce, aimante, incarnant l’amour sans condition, symbole qui n’est pas dans le livre. On explore alors l’Œdipe et le triangle  »Elisabeth sainte – papa diable – fils monstre victime de papa ». On envoie des messages à travers des scènes magnifiques, comme celle de l’instant suspendu entre le monstre et un cerf, mais finalement, de même que pour le manichéisme du traitement Frankenstein / son monstre pas si monstre, tous les autres messages semblent aussi un peu trop évidents, donnés tout mâchés au spectateur.

Le film en lui-même est très beau, très léché niveau esthétique et reste tout à fait divertissant. Je dirais donc, pour résumer, qu’on a affaire à un bon film, mais un film Netflix : une interprétation très libre du livre, mais intéressante justement par cette liberté. Un moment sympa donc, qui ne me fait pas hurler « oui mais le livre, c’est mieux » (en vrai, je ne dis jamais ça !).

En cadeau, une belle citation pour résumer le film (pas dans le livre) :
« Le miracle n’est pas que je puisse parler, le miracle serait que tu saches écouter. »
Signé : le vraiment pas monstrueux monstre de Frankenstein.

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